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Texte Libre

Mercredi 24 octobre 2007

Bonjour à toutes et tous,

Après un long silence, je vais tenter de redonner à ce blog un rythme plus conforme à ce que les lecteurs avides, attentifs et nombreux que vous êtes réclamez à corps et à cris (lol).

Premier article: un petit résumé de ma visite de l'usine Michelin à Karlsruhe. Un grand moment car il est particulièrement rare, en fin de compte, de pouvoir pénétrer au coeur de la vie du monde ouvrier... Pensez y et voyez: peut être avez vous visité une ancienne usine de textile; au collège ou au lycée... Peut être avez vous un documentaire, ou un reportage télé parlant évoquant une délocalisation... Ou peut être avez construit; avec vos lectures, dans votre imaginaire, votre propre vision de l'usine des années 2000... Alors avec mes yeux de profane, je vais tenter de vous décrire ma vision de l'usine...

Première impression quand je suis entré: le bruit. Impossible d'entendre correctement les explications de notre guide si on ne nous avait pas donné des écouteurs pour mieux l'écouter parler dans son micro. Pas un bruit assourdissant, fort ou extrêmement désagréable... mais un bruit persistant, qui fqit rapidement mal a la tête et qui enfonce nos oreilles dans un bain de coton quand on entre dans un lieu plus calme... D'où bouchons d'oreilles obligatoires pour tous les ouvriers ou, du moins, pour tous ceux travaillant dans les zones les plus bruyantes...

Car, deuxième impression: une usine comme celle de Michelin, c'est IMMENSE! Il faut dire qu'à Karlsruhe, on ne fabrique pas que des pneus, on produit aussi des matériaux constituant des pneus... C'est autant d'espace supplémentaire... Mais quand même: aller d'un bout à l'autre de l'usine prend du temps, une bonne dizaine de minutes je dirais... d'autant plus qu'il y a un code de la route à respecter...

C'est l'objet de ma troisième remarque: la sécurité est au coeur de l'usine Michelin. Et de toutes les usines du groupe d'ailleurs: zones de passage délimitées, signalisation de toute activité "anormale " (réparation etc.), dispositifs d'extinctions automatiques des machines, processus "humains" de réactions aux problèmes etc. : rien n'est laissé au hasard! Et c'est tant mieux car un accident est vite arrivé et, il y a peu, un ouvrier est décédé en Indonésie dans une usine suite à une succession de manquements anodins qui ont conduit à la catastrophe...

Quatrième impression: la propreté de l'usine. On est loin de Germinal ou des ouvriers recouverts de suie, de graisse ou de poussière. Pourtant, dans la partie de l'usine qui fabrique les composants des pneus, il faut admettre que sont manipulées des substances particulièrement salissantes (des poussières dérivées de carbone par exemple). Et pourtant, sans être le paradis Mr Propre (faut pas déconner quand même, c'est une usine, pas une cuisine), l'aspect général est clean... et les procédures de nettoyage sont particulièrement mises en avant.

Cinquième impression: le rôle de l'activité manuelle. Toutes les machines utilisées dans l'usine ont été réalisées et conçues par Michelin pour Michelin. Et beaucoup nécessitent l'apport de la technique de l'ouvrier. On est loinde la grande série entièrement robotisée. Ici, certains pneus de petite série sont encore faits "à la main". Il est sensationnel d'admirer le tournemain des ouvriers, la précision de leurs gestes pour faire toujours "vite et bien". Et en même temps, on ne peut s'empêcher de penser à Charlot dans les Temps Modernes, au taylorisme et au travail à la chaine. Certes, on en est loin mais il y a un côté "mécanique" dans les tâches qui ne laisse pas indifférent. Un exemple: le contrôle qualité. Tous les pneus, et je dis bien TOUS les pneus sortant de l'usine de Karlsruhe sont contrôlés à l'oeil nu par un ouvrier (entre autres contrôle, bien entendus). C'est là le gage de la qualité premium des pneus Michelin mais cela pose la question de la condition ouvrière dans nos sociétés actuelles.

Tel sera le point que je veux évoquer en guise de conclusion: si les temps ont bien changé, et que le métier d'ouvrier n'est plus aussi pénible qu'il y a quelques dizaines d'années, il n'en reste pas moins vrai que leur ouvrage est pénible, fatigant, usant. A l'heure où les grèves de la fonction publiques prennent en otage la République, il est important de rappeler quels sont les métiers VRAIMENT pénibles et qui devraient avoir le droit à certains avantages...

A bientot pour de nouvelles aventures allemandes

Castor

par Castor publié dans : Vie en Allemagne
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