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Texte Libre

Vendredi 26 octobre 2007

Ces temps ci, il est facile d’accumuler les griefs contre la SNCF ou sa petite soeur la RATP. C’est en tout cas ce qui arrive à votre serviteur qui, après pèle mele les fournisseurs d’accès à Internet, la LMDE, l’administration fiscale ou Orange, a trouvé un nouvel adversaire avec qui entamé une lutte acharnée… En ces périodes de Grenelle de l’environnement où le rail est porté aux nues, je dois bien reconnaître que si je partage les constats, je suis loin de partager l’enthousiasme au vue des difficultés accumulées depuis mon départ en Allemagne…

 

Une petit résumé s’impose : mon choix de Karlsruhe avait été, entre autres, dicté par la mise en service du TGV Est, nouveau fleuron de notre belle compagnie des trains. Il faut dire : 3h pour un Paris Karlsruhe, à 29 euros en tarif prem’s, ca a de quoi attirer le chaland et appater l’étudiant. Mais première douche froide : attraper un billet prem’s, c’est comme réussir à obtenir un billet pour l’unique concert de Mc Cartney à l’Olympia : il faut se lever tot… ou avoir une vision très long terme de son emploi du temps. Car à l’heure où notre chère SNCF se veut la garante du service public à la francaise, ca ne l’empeche pas d’adopter les « best practice » du privé au sein de sa stratégie de pricing... Le yield management fait donc son apparition dès octobre à la SNCF ce qui, contrairement à ce que nous disent les managers souriants de notre chère compagnie des trains, est loin de n’avoir que des avantages pour les clients (euh, pardon, usagers, on dit usagers) que nous sommes. Car, en gros, son but est d’augmenter le taux de remplissage des trains en adoptant une politique plus complexe et plus « restrictive » de prix… d’où, en conclusion, un prix bien plus élevé pour le consommateur s’il réserve plus tard et/ou s’il n’a pas de carte de fidélité et/ou s’il voyage à des périodes pleines… Tout ca pour dire que les bons usagers que nous sommes payons aujourd’hui plus cher pour prendre le TGV… Soit, pourquoi pas si la prestation de service s’améliore… Las… Que n’ai-je pensé là : sur la petite dizaine de voyage que j’ai pour l’instant réalisée sur la ligne Est, 4 n’ont eu aucun retard, 2 un retard minime (5 minutes), 2 un retard conséquent (15-20 minutes) et 2 importants (30 minutes)… Vous me direz qu’on n’est pas à 30 minutes près, ce à quoi je réponds : certes, mais quand tu payes toujours plus cher, tu es globalement en droit d’exiger un respect de la prestation à laquelle tu as souscrit. Quand, par ailleurs, on vient te dire que tout remboursement est impossible car le train avait 28 minutes de retard et non 30, et que si t’es pas content c’est pareil, ca a de quoi énerver, surtout quand il est 23h et qu’on a loupé son RER de 10 minutes et que le suivant arrive dans 15 minutes (oui, c’est du vécu). Ajoutons à cela des pratiques commerciales scandaleuses (si tu ne recois pas ton billet de train commandé sur le net chez toi pour une raison X ou Y, tu dois repayer le billet une deuxième fois et attendre le remboursement de ce 2ème billet sous 45 jours !!! Si, c’est véridique, j’en ai fait l’amère expérience, avec en + la petite pointe de suspicion non dissimulée et très énervante du guichetier quand tu lui dit que tu n’as pas recu le billet chez toi…) et alors là, on craque et on se dit que c’est grace à des entreprises comme celle la que le plus communistes des usagers peut devenir le plus libéral des clients, à prier pour une ouverture à la concurrence pour en finir avec cette situation ubuesque… Alors quand à ces contrariétés sommes toutes mineures, entendons nous bien (je ne décris pas ma vie comme un enfer juste pour 30 minutes de perdues au milieu d’une voie ferrée de la Champagne chevelue….) s’ajoute la grève du 18 octobre, c’est le pompon qui fait déborder la goutte qui roule dans le vase et n’amasse pas mousse… Imaginez la scène : Bourg la Reine, 20h, gare RER fermée, bus ne circulant plus et taxis pris d’assaut donc indisponibles jusqu’à une heure indéterminée… Eh bien c’est un grand moment de solitude, et l’on se trouve aussitôt en proie à une poussée non controlée de pulsions enragées envers toute forme de fonctionnaires, agents de conduite ou syndicaliste !

 

Bref, pourquoi cette litanie qui commence un peu à nous casser les roupettes, car bon, on n’a pas 2 heures à passer sur ton blog, putain, viens en à la conclusion…

 

Ma conclusion, c’est que je suis de plus en plus pessimiste sur la possibilité de redonner à la France un élan, une envie…L’exemple de la SNCF est symptomatique de cette crainte : loin de nous faire préférer le train, elle cristallise les tensions entre groupes sociaux et symbolise la pesanteur de l’Etat qui peine à transformer la boite en une entreprise aux performances conformes aux attentes de ses clients…. Et je crains que ce gouvernement soit incapable d’insuffler une tendance de fond dans notre pays : si les réformes existent, elles ne sont pas à la hauteur, pour l’instant, des défis auxquels nous sommes confrontés (cf. réformette de l’université, cf. la tempete dans un verre d’eau sur les tests ADN, cf. le paquet fiscal à l’efficacité plus que douteuse etc.). Il faudrait un jour un homme politique capable de nous mettre, nous, citoyens, face à nos responsabilités, de nous inciter à réaliser notre autocritique… Le raleur invétéré que je suis gagnerait à voir quel est son apport envers la société, les autres, la communauté, la nation, quels sont ses manques, quels sont ses faiblesses et ses points d’amélioration possibles… Bref, j’attends un politicien qui soit prêt à nous faire sortir la poutre de notre œil pour nous permettre d’arriver à une société stable, pérenne et confiante. Cela suppose surtout et avant tout des efforts voire des sacrifices, individuels et collectifs. Or, qui peut affirmer que nous sommes aujourd’hui prets à les faire ?

 

 

PS : désolé du cote pele mele de l’article mais c’est une réflexion que je suis encore en train de mener… et qui est prete à accueillir toutes vos suggestions !

 

 

par Castor publié dans : Reflexions personnelles
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Mercredi 24 octobre 2007

Bonjour à toutes et tous,

Après un long silence, je vais tenter de redonner à ce blog un rythme plus conforme à ce que les lecteurs avides, attentifs et nombreux que vous êtes réclamez à corps et à cris (lol).

Premier article: un petit résumé de ma visite de l'usine Michelin à Karlsruhe. Un grand moment car il est particulièrement rare, en fin de compte, de pouvoir pénétrer au coeur de la vie du monde ouvrier... Pensez y et voyez: peut être avez vous visité une ancienne usine de textile; au collège ou au lycée... Peut être avez vous un documentaire, ou un reportage télé parlant évoquant une délocalisation... Ou peut être avez construit; avec vos lectures, dans votre imaginaire, votre propre vision de l'usine des années 2000... Alors avec mes yeux de profane, je vais tenter de vous décrire ma vision de l'usine...

Première impression quand je suis entré: le bruit. Impossible d'entendre correctement les explications de notre guide si on ne nous avait pas donné des écouteurs pour mieux l'écouter parler dans son micro. Pas un bruit assourdissant, fort ou extrêmement désagréable... mais un bruit persistant, qui fqit rapidement mal a la tête et qui enfonce nos oreilles dans un bain de coton quand on entre dans un lieu plus calme... D'où bouchons d'oreilles obligatoires pour tous les ouvriers ou, du moins, pour tous ceux travaillant dans les zones les plus bruyantes...

Car, deuxième impression: une usine comme celle de Michelin, c'est IMMENSE! Il faut dire qu'à Karlsruhe, on ne fabrique pas que des pneus, on produit aussi des matériaux constituant des pneus... C'est autant d'espace supplémentaire... Mais quand même: aller d'un bout à l'autre de l'usine prend du temps, une bonne dizaine de minutes je dirais... d'autant plus qu'il y a un code de la route à respecter...

C'est l'objet de ma troisième remarque: la sécurité est au coeur de l'usine Michelin. Et de toutes les usines du groupe d'ailleurs: zones de passage délimitées, signalisation de toute activité "anormale " (réparation etc.), dispositifs d'extinctions automatiques des machines, processus "humains" de réactions aux problèmes etc. : rien n'est laissé au hasard! Et c'est tant mieux car un accident est vite arrivé et, il y a peu, un ouvrier est décédé en Indonésie dans une usine suite à une succession de manquements anodins qui ont conduit à la catastrophe...

Quatrième impression: la propreté de l'usine. On est loin de Germinal ou des ouvriers recouverts de suie, de graisse ou de poussière. Pourtant, dans la partie de l'usine qui fabrique les composants des pneus, il faut admettre que sont manipulées des substances particulièrement salissantes (des poussières dérivées de carbone par exemple). Et pourtant, sans être le paradis Mr Propre (faut pas déconner quand même, c'est une usine, pas une cuisine), l'aspect général est clean... et les procédures de nettoyage sont particulièrement mises en avant.

Cinquième impression: le rôle de l'activité manuelle. Toutes les machines utilisées dans l'usine ont été réalisées et conçues par Michelin pour Michelin. Et beaucoup nécessitent l'apport de la technique de l'ouvrier. On est loinde la grande série entièrement robotisée. Ici, certains pneus de petite série sont encore faits "à la main". Il est sensationnel d'admirer le tournemain des ouvriers, la précision de leurs gestes pour faire toujours "vite et bien". Et en même temps, on ne peut s'empêcher de penser à Charlot dans les Temps Modernes, au taylorisme et au travail à la chaine. Certes, on en est loin mais il y a un côté "mécanique" dans les tâches qui ne laisse pas indifférent. Un exemple: le contrôle qualité. Tous les pneus, et je dis bien TOUS les pneus sortant de l'usine de Karlsruhe sont contrôlés à l'oeil nu par un ouvrier (entre autres contrôle, bien entendus). C'est là le gage de la qualité premium des pneus Michelin mais cela pose la question de la condition ouvrière dans nos sociétés actuelles.

Tel sera le point que je veux évoquer en guise de conclusion: si les temps ont bien changé, et que le métier d'ouvrier n'est plus aussi pénible qu'il y a quelques dizaines d'années, il n'en reste pas moins vrai que leur ouvrage est pénible, fatigant, usant. A l'heure où les grèves de la fonction publiques prennent en otage la République, il est important de rappeler quels sont les métiers VRAIMENT pénibles et qui devraient avoir le droit à certains avantages...

A bientot pour de nouvelles aventures allemandes

Castor

par Castor publié dans : Vie en Allemagne
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